il suffit d'un instant...

Parfois j’entends le chêne qui susurre à mon oreille, la rose qui s’épanche sur mon front après l’averse, le figuier qui m’invite à me lover dans son ombre…et puis souvent je reste sourde à ces frémissements de l’air, ces murmures imperceptibles à mon agitation.
Parfois mon cœur s’enroule tout autour du jardin et mon âme se déploie au-delà des futaies et des haies…et puis souvent mes mains peinent à porter le bât de mes pensées.
Parfois je danse autour de l’horloge et nous chantons ensemble les douze coups de la vie…et puis souvent les heures galopent au-devant de mes envies ou traînent leur crachin entre deux éclaircies.
Parfois je me laisse enivrer par les senteurs d’herbe mouillée et de sous-bois printanier…et puis souvent je ne suis inondée que par ma propre sueur de lutteur fatigué.
Mais pour rien au monde je n’échangerais ces perles d’éternité, ces parfois assemblés en guirlandes précieuses le long de mes années. Il suffit d’un instant toujours recommencé…

souviens-toi

Souviens-toi
La source resurgit même au coeur désert
Et fleurissent nos lèvres à l’ombre d’un sourire
Nos racines se joignent dans nos corps entr’ouverts
Et nos rameaux s’étreignent pour que la vie conspire 

Souviens-toi
L’enfant offre sa main à celui qui la prend
Sur les routes pentues il joue et caracole
Insouciant de l’orage il écoute et apprend
Avec notre regard pour unique boussole 

Souviens-toi
Le jusant déroule en un long parchemin
Le rivage endormi sous les vagues coquettes
Et s’éveillent alors les pelles des gamins
Les chercheurs de trésors et la friponne mouette 

Souviens-toi
Danse dans les flammes qui caressent ta nuit
Qu’elles dessinent pour toi de tendres arabesques
Et balisent ta course tout autour de minuit
Tes cendres deviendront d’inoubliables fresques.

 

le matin

Le matin 

La nuit virait du noir au gris, à l’heure des retrouvailles indistinctes, quand les pieds sont au chaud et les épaules trop fraîches, quand les mains cherchent la tiédeur voisine, quand les yeux encore clos devinent à bout de doigts.

Les rêves s’enroulaient dans l’hospitalière coquille des escargots partis se réchauffer ailleurs. Les âmes buissonnières s’en revenaient de leur vagabondage entre abysses et arcs-en-ciel.

Un bruissement léger dans les buissons humides annonçait le retour du chat, rentré prendre pitance. Et sur le chêne, adouci de vert tendre, les mésanges appelaient au réveil.

S’amarrer au matin, descendre la grand-voile qui faseye encore des brises maritimes, mettre le pied à quai le temps d’un plein de victuailles, un regard, un sourire, des lèvres caressantes, un mot doux, un mot dur, mot sucré, mot acide, limes et goyaves, emplir le jour d’aventures sapides pour nourrir la traversée nocturne, entre deux mers, entre deux rives, entre toi qui vient de l’autre côté de moi et moi qui glisse, à tire d’ailes, vers tes côtes sauvages, qui sont aussi les miennes.

Là-bas les temples s’embrasent, à l’orient de mes sens ; apprendre l’alphabet du silence dans le murmure de ton regard ; les volutes d’encens drapent ma prière, mains offertes au matin qui se propose. Dispose, mon cœur, dispose….

le printemps...

Venu de nulle part ou d’un lointain mystère,
Il glissait sur la brise et embrassait les cœurs
Chavirés tout à coup, dansés dans l’éphémère
D’un rayon printanier tendrement prometteur. 

La feuille déroulait ses nouvelles promesses,
S’étiraient les corolles et baillaient les oiseaux,
Tous offerts dans la brume au matin des caresses
Que l’Inconnu soufflait dans les doigts des roseaux. 

Et sous les draps les corps, affamés de voyages,
S’envolaient enlacés vers d’étranges contrées,
Leurs souffles communiés dans le souffle sauvage
Et libre, qui ouvrait pour eux la Voie Lactée. 

Leurs âmes s’éveillaient, bien loin des sentinelles,
A l’infini de l’autre et de soi conjugués
Et la nuit explosait en milliers d’étincelles,
Pépites d’univers par le Printemps mêlée
s.

A Dieu, Monsieur

LA ROUE

La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les
couteaux de l'hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d'un lac
et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année
germe

Aimé Césaire

Aim_csaire


transformation

Vent


Transformation

C’était au cœur de l’accalmie,
Une bourrasque inattendue,
Venue d’on ne sait où chavirer les grands hêtres,
Propulsa ma carcasse au bord de la fenêtre
Et plongea mon esprit dans le malentendu. 

Dehors la futaie ennemie
Dardait ses flèches en tous sens,
Le vent à l’intérieur bousculait tout mon être
Sans qu’un souffle pourtant ne levât le salpêtre
Déposée sur les murs par les ans de non-sens. 

Toupie cocasse et saugrenue,
Emportée dans le tourbillon,
Les éléments riaient de mon pauvre vertige
Et je tourbillonnais, telle une frêle tige,
Soulevée, surmontée, enfin à l’abandon. 

Soudain, comme elle était venue,
La tempête se retira,
Me laissant étourdie et l’esprit immobile,
J’avais assez tourné, fantoche malhabile,
Le temps était venu d’être simplement là 

A regarder les mimosas,
Les roses et les orchidées,
A sentir le souffle de l’air effleurer ma bouche,
A écouter les oies, le bruissement des mouches,
A caresser la vie,  le soleil et l’ondée. 

Le tumulte s’est tu, effacé le fracas,
Il suffisait de presque rien,
Un claquement subit pour éveiller mon âme
De son agitation et de ses mélodrames
Il suffisait qu’un ange approche d’un terrien.

 

rencontre

Rencontre

 
Nous dansions dans le feu, toi et moi enlacés

Par les mots innocents, à peine prononcés,

Que nous soufflait le vent et que bruissait la flûte

Dans la pénombre bleue d’une nuit qui débute.

 

L’horizon s’éclairait d’une exquise lueur

Comme une communion, bien loin de la rumeur,

Entre un ciel flamboyant et la braise timide,

Entre cœurs endormis et l’appel d’un druide.

 

Mais nous n’étions pas seuls : une faune amusée

Veillait sur nos destins un bref instant croisés,

Entremêlés de vin, de photos et de rires,

L’un de ces brefs instants où toute vie conspire

 

A l’éveil de l’âme, au sursaut de l’esprit,

Au sort qui se propose et, complice, sourit

De dessiner ainsi nos futures mémoires

Et d’orner d’amitié d’improbables grimoires.

 

viva Mexico! le retour!

Back home! a casa! 10 heures de vol, 7 heures de décalage, 8 heures de route...ré-ta-mée! et viva Mexico!!!
2 semaines de pur bonheur, un voyage bien organisé, une ambiance rare, beaucoup de kilomètres parcourus, des paysages, des sites archéologiques, des villes et des villages, la mer, la montagne, la jungle, une histoire d'Espagnols et d'Indiens, un peuple...

Tequiiiiiiiiila! salud! rendez-vous après quelques heures de sommeil...

tu seras un homme, mon fils

Kipling

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot.

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
Penser, sans n'être qu'un penseur.

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front.
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres la perdront.

Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,

Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling

Parce que c'est beau et que je ne m'en lasse pas!

petit bout de rivière

Petit bout de rivière apparu sur la toile

Venu de nulle part avant d’y retourner

Fin trait bleu zigzaguant sans jamais renoncer

Aux clins d’yeux espiègles d’une ronde d’étoiles

Qui dansent tendrement, reflets aléatoires,

Entre vague et rocher, et l’ombre des cyprès ;

L’artiste joue souvent, entre hier et après,

Au fil des méandres noueux de son histoire

Et son poignet ondule au gré de sa mémoire

Tel un champ d’épis blonds au début de l’été

Quand le souffle du ciel épouse ses grimoires

Qui dormaient sur les bords nonchalants du Léthé.

Apparaissent alors les courbes harmonieuses

D’un ruisseau argenté incrusté de grains d’or

Qui, d’un bord à l’autre du dessin, sans effort,

Traverse les vallées d’une vie mélodieuse.