Dans mon enfance, avoir mauvais esprit, c'était surtout penser différemment de mes parents, ou pire, s'opposer à leur façon d'être, de paraître, de dire et d'agir. On entrait dans l'âge ingrat comme en guerre, âge de toutes les audaces poussées parfois jusqu'à l'héroïsme.
J'étais ce qu'on appelle une enfant suradaptée. La vision sans doute du traitement réservé à mes aînés m'avait rendu sage. En fait, j'avais compris assez tôt que je pouvais bien penser ce que je voulais du moment que je ne faisais pas de vague. Aux yeux de ma famille, j'étais sans surprise, dans le moule... jusqu'au jour où je tombais en amûr...une vie en dehors de mes parents, tue, cachée, une vie où j'existais selon mes propres critères, la vie quoi! J'allais en pension à une soixantaine de kilomètres de Paris; mes parents, tous les dimanche soir, me déposaient Porte Maillot où le car attendaient les élèves pour les ramener au bercail. Oui, oui, au bercail. C'est moi qui avais demandé l'internat et je m'y sentais bien, libre d'être moi-même sans doute. Bref...mes parents me déposaient, confiants, au car. Mais là m'attendait, caché derrière le véhicule dans une deu-deuche brinquebalante, mon élu qui me conduisait jusqu'au portail du pensionnat. Il ne s'agissait que de quelques minutes grapillées, de discussions littéraires, de serments éternels, et ...d'ébats acrobatiques! ben oui, dans une 2CV, imaginez...
Arriva ce qui devait arriver...naïve, "presque innocente", je découvris avec effroi que mes règles n'arrivaient pas. J'avais tout juste 17 ans, je préparais mon bac, et il fallait annoncer cette nouvelle à mes parents. Ce qui fut fait. Difficile aveu, douloureuse déception de mon père; ma mère, d'abord ébaubie, m'emmena directement chez le médecin, qui confirma et me demanda ce que je voulais faire, garder, ou pas, cet enfant. Cette proposition changea tout: je n'étais plus "tombée" enceinte, je choisissais sciemment et avec bonheur la maternité.
On nous maria, donc...et je passai tout de même mon bac, les bonnes-soeurs ayant décidé qu'en la circonstance il était plus qu'essentiel que je poursuive mes études et donc qu'elles devaient m'aider à avoir un dossier complet.
Mon amour de fille naquit quelques mois plus tard alors que je commençais mes cours à la fac. J'étais mère, épouse, mais franchement pas maîtresse de maison. Mon mari, de deux ans mon aîné, supportait mal ma pagaille et nos relations sont vite devenues un enfer. Deux ans plus tard, nous nous séparions.
Le cours de ma vie reprit, mais à 19 ans, seule et maman d'une petite fille de deux ans, le parcours est ardu. Doucement, je sombrai dans la dépression et m'arrangeait pour que personne ne s'en aperçût. Une amie de fraîche date, cependant, fut alertée par mon état et me pris en charge. De neuf ans plus âgée que moi, elle avait déjà derrière elle quelques années de médecine et de fac de psychologie. Voilà comment je suis tombée dans la bassine...
Il n'y a pas de hasard...et nos vies sont faites de choix, conscients et inconscients. Certes, je n'avais pas choisi consciemment d'être enceinte à 17 ans, et toute la suite; mais sans ces évènements, je ne me serais sans doute pas mise en chemin, où en tous cas pas à ce moment là, pas dans ces circonstances. Ma première thérapie date de mes 21 ans, j'en ai aujourd'hui 52...que de chemin parcouru... et pourtant: je parlais hier des relations qui se répètent...mes années d'analyse ne m'ont pas empêché de retomber dans les mêmes pièges: 25 ans plus tard, sous des traits différents, je tombais dans les bras du même, et traversais les mêmes difficultés et souffrances. Il fallait sans doute que je répète ce schéma là pour en prendre pleinement conscience et m'en écarter définitivement. Ainsi, lorsqu'une histoire d'amour tourne court, ou mal, nous pouvons toujours remercier notre partenaire qui n'a fait qu'être là pour nous permettre de nous révéler à nous-mêmes. Et il en est ainsi de toutes nos rencontres...
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