" Qui es-tu?" Connaissez-vous ce jeu au cours duquel on répète plusieurs fois cette phrase "qui es-tu" sans ajout, sans commentaire, en laissant son interlocuteur seul avec cette question. Ce qui semble de prime abord un divertissement, devient vite une question difficile, inconfortable jusqu'à ce que la prise de conscience que nous ne savons pas. Une cliente à qui je proposais cet exercice, après quelques tergiversations et contournements, a fini en larmes et, prise de vertige, s'est trouvée saisie de nausée. "Je ne sais pas qui je suis". Confrontés à l'énigme que nous sommes, lorsque nous nous débarrassons de nos étiquettes et autres casquettes, nous nous trouvons devant l'inconnu, l'insondable, le mystère de ce qui se trouve au-delà de notre ego. Certains, je devrais dire la plupart, éprouvent le besoin de nommer l'innomable: divin, esprit, Je, soi, etc. Nommer nous rassure, mais en fait, nous sommes là face à une énigme insoluble. Nous touchons notre profondeur, notre vastitude. Nous avançons chaque jour dans ce que nous croyons être la connaissance de nous-mêmes jusqu'au moment où nous réalisons que ce que nous approchons n'est que la couche superficielle de l'être, nos rôles bien sûr, mais aussi nos fonctionnements, nos croyances, notre personnalité, tout ce qui se résume en un seul mot: l'ego. Nous avons mis des années à le construire, et tout à coup nous voyons l'illusoire de cette construction que nous allons passer le reste de notre vie à déconstruire. C'est effectivement vertigineux.
Qui suis-je? Je m'appelle un tel, je suis un homme, ou une femme, un être humain, un père, une mère, une épouse, un compagnon, un ouvrier, un cadre, un sportif, un gourmand, un philosophe, etc etc etc. Qui suis-je? Ultimement, je ne sais pas et dans la reconnaissance de cette ignorance, j'ouvre les vannes de mon être.
(J'ajoute que cet exercice mérite d'être fait à deux. Le miroir qu'est l'autre nous pousse dans nos derniers retranchements, et c'est bien ainsi.)





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