Parfois, un petit rien envenime l'instant présent, sans qu'on sache vraiment le pourquoi de l'importance qu'on lui donne. On est soudain noyé dans des abîmes d'incertitude, manipulé par un mental habile à nous faire tourner en rond. Les mêmes phrases se répètent en boucle dans la tête sans qu'on en trouve d'issue. Et enfin, ce n'est jamais "notre faute": quelqu'un nous a agacé, un évènement nous a mis en colère, ou attristé, ou frustré et nous éloigne de notre sérénité.
Pour ma part, je sais que lorsque je suis assaillie par ce genre de
sentiments, je deviens une huitre, presque incapable de mouvements et
de paroles. Je peux gâcher une heure ou une journée à cause de cela, et
même parfois y laisser mon sommeil. Et je sais que ce sont toujours les mêmes comportements qui provoquent les mêmes ré-actions chez moi.
Comment sortir de ces états et s'assurer de ne pas les pérenniser?
Nous ne sommes pas maîtres des évènements mais responsables de nos ressentis.
La première étape est bien sûr d'accueillir le sentiment qui nous agite, de le respecter, de l'aimer même car il nous alerte sur l'un de nos fonctionnements. J'insiste: sur l'un de nos fonctionnements. Il ne s'agit pas de déresponsabiliser l'autre de ses agissements, mais d'assumer l'effet qu'ils peuvent avoir sur nous, de discerner ce qu'ils réveillent, de regarder ce qui est vraiment en train de réagir en nous.
S'il s'agit d'une situation répétitive dans notre vie, il est important de le distinguer, car un schéma répétitif est toujours un scénario que l'on attire à soi indéfiniment jusqu'à ce qu'on en prenne conscience et que l'on transforme ce qui nécessite de l'être, non pas chez l'autre, mais en soi. Comme aimait à le dire C.G. Jung: "Ce qui ne vient pas à la conscience se présente dans la vie sous forme de destin."
Lorsqu'on prend conscience de la racine du malaise en soi, il est possible alors de s'expliquer avec la personne impliquée, non pour lui faire des reproches, mais pour lui indiquer que tel ou tel comportement de sa part a des incidences pour nous, que telle ou telle chose n'est pas compatible avec nos propres fonctionnements; il ne s'agit pas alors de lui demander de changer, ce qui serait parfaitement illusoire, mais de rester au plus près de ce qui est important pour nous. La différence est subtile.
Neale Walsh, dans Conversations avec Dieu, raconte cette situation: sa femme fume dans la maison et cela ne lui convient pas. Il la prévient. Il ne lui demande pas d'arrêter de fumer, mais de fumer à l'extérieur. Pour lui faire plaisir sans doute, elle fait un effort puis petit à petit revient fumer dans la maison. C'est alors qu'il lui dit très bien comprendre son envie de cigarettes mais que la fumée est incompatible avec son écologie personelle. C'est avec elle qu'il a envie d'être et de vivre, il l'aime, mais n'ira pas jusqu'au détriment de ses propres valeurs. Si c'est nécessaire, il s'éloignera.
J'ai entendu certains me dire, ayant entendu cette anecdote, qu'il s'agit d'un chantage déguisé. A mon avis, il n'en est rien. Il s'agit surtout de rester toujours cohérent avec soi-même et d'être dans l'affirmation de soi. Aimer, n'est-ce pas laisser à l'autre sa liberté tout en respectant qui nous sommes?
Pour ma part, je ne dis rien tant que je n'ai pas "digéré" l'évènement. Il est important pour moi de m'assurer que mon malaise ne se transformera pas en revendication. C'est le plus difficile. Puis, lorsque je me suis mise au clair avec moi-même, je peux expliquer où j'en suis et pour quoi. Il nous revient ensuite, ensemble, de corriger la situation, ou pas. Et l'on s'aperçoit la plupart du temps que l'on a dramatisé quelque chose qui pouvait être résolu facilement. Parler, toujours parler, quel qu'en soit le prix....seul le dialogue peut désamorcer ce qui pourrait devenir une étincelle dangereuse et mettre le feu aux poudres.
L'autre est toujours un miroir et il nous revient donc de distinguer ce qu'il nous renvoie de nous-mêmes. Avec cette optique en tête, toute relation devient une merveilleuse aventure...
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