qui est ce "je"?...

Qui est ce "je" qui dit "je t'aime"? Jean-Yves Leloup et Catherine Bensaïd y ont consacré un livre, dont je ne me souviens pas de grand chose en dehors de la déclinaison chère à J.Y. Leloup de l'échelle de l'amour: porneïa, eros,....agapè, évoqué ici en Décembre 2005 dans les termes suivants:

"De l'amour qui souffre à l'amour qui s'offre" dit le sous-titre. Je ne me trompe jamais quand je choisis Jean-Yves Leloup. Je lis ce dernier ouvrage, co-écrit avec Catherine Bensaid (Aime-toi, la vie t'aimera, Albin Michel) avec délectation . Ou comment sortir du manque, de la demande, de l'attente pour aller vers l'Amour, plénitude du don. Thème cher à Jean-Yves Leloup, l'échelle de l'amour, de la pornéîa à l'agapè est cette fois développé plus profondément, avec le regard complémentaire, et psychanalytique, de Catherine Bensaid. Comment, sur cette échelle, unifier en nous le ciel et la terre, le plus divin et le plus humain. La rencontre d'âme à âme et de chair à chair est-elle possible? "La seule chose que la mort ne peut nous enlever, c'est ce que nous aurons donné" Parfois "celui qui dirige et domine ma vie, c'est l'enfant en moi" "ce que l'autre met dans la relation peut-être bien différent de ce que j'attends.Si j'ai trop faim, je ne prends pas le temps de choisir les fruits à l'étalage, je prends ce qui vient""quand tu dis que tu m'aimes, quand je dis que je t'aime, nous ne disons pas la même chose""je ne me contente pas d'avoir une relation avec toi, je suis en relation avec toi.Ce n'est pas toi, ni la relation qui me fait vivre; c'est la vie en moi, en toi, qui fait vivre la relation." etc, etc, etc...

Qui donc est ce "je"? Autant de parties de moi-même qui s'expriment selon la personne à laquelle je m'adresse. Je devrais dire au premier chef autant de parties de mon ego. Celle qui a envie de donner et celle qui a envie de recevoir, celle qui cherche la complétude, celle qui rejoue de très anciens scénarios et confirme ses croyances, celle qui joue à la grande et celle qui redevient toute petite, celle qui pense et celle qui ressent. De toutes ces parties émerge l'élan amoureux, qui me donne l'illusion de la liberté et m'emprisonne en même temps qu'elle emprisonne l'autre et étouffe la relation.

Et puis il y a ce "je" en moi qui voit au-delà du regard, entend au-delà des mots, se tait, vibre. Il ne dit pas, il est. Juste une présence, un fil conducteur qui sait qu'aucun manque ne me conduira à la réalité de l'autre, à qui je ne peux offrir que ma propre complétude.

Enfin, il y a l'union des deux, tellement merveilleusement humain. Ces corps, ces esprits, ces coeurs qui s' appellent et s'écoutent; et ces âmes qui se sont reconnues de tout temps. Ces âmes qui dansent quand on se sent dansé, ces âmes qui chantent quand on se sent chanté; ces âmes qui s'amusent quand on s'amuse à rire ou à se chamailler. C'est une invitation à donner et recevoir, à être à la fois très grand et tout petit, à s'inviter en même temps que l'on invite l'autre à la table de la Vie.

Communion - Repas partagé. 1+1 = 3 - Trinité. De toute relation, familiale, amicale, amoureuse, peut émerger ce 3 divin, énergie intangible et tellement présente. Tout part de la fusion et de son pendant, la défusion. Laisser la place entre les deux pour une tierce vibration. De l'union du masculin et du féminin, en soi et avec l'autre, naît cette troisième énergie, qu'elle s'incarne dans une nouvelle vie humaine ou dans l'accomplissement mystique. Je donne qui je suis pour ton accomplissement et reçois qui tu es pour mon propre accomplissement, et c'est la Vie qui s'accomplit...

Qui est ce "je"? Le moi bien sûr, avec toutes mes forces et mes fragilités, et le Soi, à la fois plus vaste et plus profond. Ce "je" n'est-il pas alors ce pont dans mon être que j'offre à celui ou celle qui veut bien s'y risquer pour unir ses deux rives comme je me risque sur le sien pour accomplir ma propre union? Et la boucle est bouclée.... 

de l'engagement

"Le problème de la promesse est qu'elle contient en son sein la potentialité de la trahison. Sans promesse, il n'y a pas de trahison possible. Qui dit promesse, ferme la porte de la liberté, celle de l'autre et la sienne propre. A qui tient sa parole, la promesse est inutile." Voilà ce que j'écrivais en 2006 sur l'engagement.

Est-ce à dire que l'on ne peut s'engager? Bien au contraire. S'engager, c'est à mon sens choisir à 100%, maintenant, de donner le meilleur de soi-même tout en étant conscient que le résultat ne nous appartient pas. C'est faire et laisser faire. C'est se laisser et laisser à l'autre la liberté de son évolution, tout en choisissant d'être à chaque instant dans le renouvellement de son intention et de sa détermination.

En m'engageant, je me donne en gage, je m'investis et je prends le risque de me tromper ou d'admettre que la vie peut en décider autrement. En d'autres termes, je n'ai pas le contrôle de tout. Je peux m'engager auprès de mon fils de l'emmener ce week-end à la piscine, et être conscient en même temps que je n'ai pas le contrôle sur toutes les circonstances.

Lorsque je donne ma parole, je me donne corps et âme. Je ne me fabrique pas une obligation, je me lance fermement dans l'aventure du choix. Je choisis à chaque instant de renouveler ce choix. Lorsque j'ai arrêté de fumer il y a bientôt un an, je me suis profondément engagée: incapable de savoir ce que la vie me réservait, consciente de ma fragilité, je ne me suis fait aucune promesse; en revanche, il était clair pour moi que j'entrais sur la voie d'être à 100% présente à ce choix.

L'engagement est une chose bien trop sérieuse pour le prendre à la légère. Il est un acte d'amour envers soi, l'autre, la vie. Et aimer n'est-il pas laisser libre? Rien ne m'oblige, je choisis; rien ne t'oblige, tu choisis.  Et quelle merveilleuse sensation que la joie de ce choix!


projections?

Il y a quelques semaines, je songeais à cesser d'écrire sur ce blog. Je ne l'ai pas fait car j'ai très vite réalisé que ça ne règlerait pas la question qui m'agite.

Il m'est apparu de façon très claire que, bien que je sois profondément sincère dans mes écrits, la sincérité ne pouvait être érigée en vérité. Je m'explique: Non seulement je suis sincère, mais je me crois aussi authentique qu'il est possible de l'être. Et le problème se situe là, dans ce "autant qu'il est possible de l'être".

J'écris pour partager mes expériences, et surtout les enseignements que j'en retire. En tant que thérapeute, j'ai le secret espoir que ce que je raconte sera utile à quelques uns; et si ce n'était qu'à une seule personne, j'aurais atteint mon but.

Et en même temps, je dois à l'honnêteté de reconnaître la difficulté d'être au plus près de ma réalité. Oui, chaque circonstance, chaque évènement de ma vie, agréable ou désagréable, est pour moi l'opportunité d'apprentissages. Mais...si effectivement ma tête ingurgite avec une certaine facilité ce que la vie me propose d'apprendre, en est-il autant de l'intégration dans mes cellules et donc dans la réalité de ma vie?

Le piège se trouve là: projeter dans les lignes une image faussée de soi.  Idéal du moi, moi idéal...Que sont-ils? Comme le dit l'expression, le second est une projection d'une toute-puissance narcissique. L'idéal du moi,lui, est une conception de l'idéal qui s'est construite en référence aux parents pendant le développement de l'enfant; il tend vers la perfection.
Bref...ils sont inévitables pour tout un chacun et je ne vais pas m'auto-fustiger d'en être là. En même temps, la lucidité commande d'être conscient de ce qui se joue ici.

En d'autres termes, quelles sont les limites de la congruence dans un tel exercice? Congruence? Dire ce que je fais et faire ce que je dis. Là encore, je m'applique à être au plus près de la réalité mais ai conscience de ma fragilité humaine en la matière.

J'ai entendu un jour en séminaire quelqu'un  dire: "Je sais ce que j'ai à faire, alors pourquoi est-ce que je ne le fais pas?"  C'est dans ce pourquoi que se situe le gouffre entre ce que nous savons et ce que nous vivons vraiment. C'est le chemin de l'intégration.

quand le meilleur épouse le pire

Parfois, la vie se mêle de mettre un petit coup d'accélérateur dans la conscience...Vivre intensément un évènement, ressentir la lumière éclaircir tout l'espace...en même temps que l'ombre grandit jusqu'à envahir presque tout l'être.

Voilà en deux mots ce que je suis en train de vivre. D'un côté l'enthousiasme, la joie, l'émerveillement même devant tant de beauté qui se propose, et de l'autre l'incrédulité, l'angoisse, les fantômes du passé qui viennent hanter le présent et baillonner l'enivrement. Heureusement, les années de travail sont là, telles des phares, me guidant dans l'obscurité. C'est comme si l'on était des deux côtés du miroir à la fois. D'un côté, les émotions qui se bousculent; de l'autre, celui en soi qui observe ce qui se passe, explique, patient, les racines du tourment, apaise. D'un côté, ne plus être que cette pelotte de peurs, de rires, de larmes, de colère, de honte; de l'autre, celui qui sourit au présent et ne se confond avec rien d'autre que sa seule présence; d'un côté, l'enfant, de l'autre l'adulte; d'un côté le moi, de l'autre le soi.

Tout est opportunité, le meilleur comme le pire, le meilleur devenant parfois le pire et l'inverse. Et dans l'absolu de la Présence, les opposés s'épousent pour disparaître ensemble. On s'abandonne alors enfin à la perfection de ce qui est.

de la résurrection

En ce dimanche de Pâques, je reprends le post écrit en Avril 2007 sur le même sujet:

Changer le monde... Trois jours, il y a un peu plus de 2000 ans, ont changé la face de notre monde. Oui, notre monde. Le temps n'existe pas, hier comme aujourd'hui, notre univers peut-être transformé car il s'agit de notre être et non celui de l'autre.

(J'entends en ce moment à la radio que la Fête de Pâques n'a été instauré qu'au 2ème siècle et a n'a été véritablement formalisé qu'au 4ème. Elle coïncide presque exactement avec la Pâque juive. Nous avons voulu l'oublier. Comme nous avons oublié que Jésus n'a pas fondé le Christianisme, qu'il était profondément ancré dans sa religion.
"Que dit-on de moi? demande-t-il à ses disciples. "Je suis le fils de l'homme"...
Saint Paul est celui qui, le premier, a créé  le mouvement, le rendant indépendant de ses origines.)

Jésus-Christ a délivré un message, libre à nous de vivre la transformation qu'il propose, qui ne dépend pas des Eglises mais d'une révolution intérieure individuelle. "Ceci est mon corps...Ceci est mon sang": sachons donner de notre personne, sachons nous laisser saigner, dépouiller, mettre à nu, sachons mourir à nous-mêmes pour ressusciter, tel le Phoenix. Notre évolution dépend de cette acceptation que la relation à l'autre est la voie, jusqu'à la déchirure. Jésus a choisi ce chemin qui l'a mené à se laisser mettre en croix, non pas, me semble-t-il, pour "racheter" nos péchés, mais pour nous montrer le chemin, qui nécessite ce passage douloureux de transformation de l'ego et du corps. De cette mort à nous-mêmes dépend notre illumination.

On n'a rien inventé depuis, et tous les courants spirituels modernes ne disent finalement pas autre chose. Parce que l'Eglise a fondé son pouvoir sur ses propres lois, elle en est venue à nous faire oublier le message originel, qui n'est pas la contrition. Le problème n'est pas d'offenser un Dieu extérieur, mais de soigner la blessure intérieure que nos actes infligent à nos âmes. Comment Dieu pourrait-il être offensé? N'est-il pas plutôt humain de l'être?  Ne lui faisons-nous pas porter toutes sortes d'émotions qui ne sont rien moins que seulement humaines? Nous projetons sur lui notre colère, notre chagrin, nos sentiments d'offense, mais Dieu n'est-il pas bien au-dessus de tout cela? Et s'il est au-delà de l'ego et de ses expressions émotionnelles, alors n'est-il pas simplement la quintessence de qui nous sommes?

En mourrant sur la croix, le Christ a fermé la boucle de son incarnation, quitté son corps, son expression humaine limitée. Et de cet abandon est apparu sa Lumière.

"Faîtes cela en mémoire de moi.": Partagez, donnez-vous, traversez la matière. Il ne s'agit pas de seulement supporter des épreuves qui nous seraient infligées mais d'y voir et dd'en faire l'instrument de notre transformation. Ces petites morts sont douloureuses, il est vrai. Les pelures de notre ego sont bien accrochées et ce nous est un arrachement de les lever. Et c'est à chaque couche l'opportunité d'une résurrection.

Ce n'est pas la vie qui est douloureuse, c'est notre façon de la regarder, ce sont nos filtres qui instillent la souffrance. Et ce sont ces filtres qu'il nous est nécessaire de retirer peu à peu. Pâques est donc l'expression de l'Accomplissement, de l'Eveil que nous pouvons atteindre. Car n'oublions pas: "Ce que je fais, vous le ferez aussi, et même plus."....

Je ne sais pas....mais oui...

Faut-il avoir un avis sur le calvaire et la mort de Madame Sébire, cette femme au visage déformé par la maladie qui réclamait le droit à la mort assistée pour mettre fin à ses souffrances physiques et morales?

J'ai toujours pensé qu'il était important de vivre jusqu'au bout de la vie, convaincue, à l'instar Elisabeth Kübler-Ross à la fin sa vie, que tout ici est apprentissage et enseignements, même si la dernière leçon est la plus difficile. Mais puisque je suis ici, en bonne santé, en train d'écrire, c'est donc que je n'ai pas été personnellement confrontée à cette question. Ni aucun de mes très proches. Dès lors, je m'interdis tout jugement.

Le cas de Madame Sébire m'a évidemment beaucoup touchée. Comme celui de tous les anonymes qui réclament le droit à une mort assistée.

Sincèrement, je n'ai pas d'avis. Je comprends et suis incapable de prendre position. Car si je crois au droit de chacun de disposer de sa vie, si je sais l'hypocrisie qui consiste à taire toutes les euthanasies muettes, si je trouve inutile et cruel l'acharnement thérapeutique, je crains en même temps toutes les dérives potentielles et crois aux "vertus" d'une vie vécue jusqu'à son terme naturel. 

Je ne sais pas comment je réagirais dans de telles circonstances. Je me souviens avoir prié, dans les derniers instants douloureux de mon père, pour que cesse son agonie et qu'il parte. Je crois profondément qu'une partie intime de nous choisit l'instant de ce départ et ses circonstances. Le corps et l'ego s'inclinent alors devant le choix de l'âme.

Les défenseurs de l'euthanasie parlent du droit à une mort digne. Mais qu'est-ce que la dignité?

Légiférer? Ne pas légiférer? Ne pas condamner les médecins appelés à l'aide? Fermer les yeux? Certes, il est incohérent d'autoriser l'avortement et pas l'euthanasie. C'est toujours une vie dont il s'agit...et l'incohérence est d'autant plus grande que dans un cas on ne demande pas son avis à l'intéressé et dans l'autre on le lui refuse...

Madame Sébire est morte. Le procureur a exigé une autopsie. Etait-ce vraiment utile? De quoi la loi veut-elle se protéger? que veut-elle prouver? Madame Sébire s'est fait l'emblème du droit à mourir par choix quand rien ne l'empêchait d'avaler un tube de barbituriques qu'aucun médecin ne lui aurait refusé. Avait-elle raison ou tort, peu importe. Madame Sébire est partie, paix à son âme, point.

Je ne sais pas, je ne sais pas.....et en même temps, à l'heure où j'écris, je me dis que la Liberté est une valeur fondamentale, et que celle de vivre ou mourir est sûrement l'ultime choix qui nous est proposé chaque jour. Je ne sais, j'hésite, j'ai envie de dire oui, tout de suite suivi d'une nouvelle hésitation, reflet sans doute de ma propre peur de la mort, même si je la croyais dépassée. Et le débat est sans doute faussée par notre peur à tous, si bien illustrée par une société qui la tait, la dissimule, la fuit en faisant comme si elle n'existait pas.

Je ne sais pas, j'hésite de moins en moins....Qu'est-ce qui me donne le droit de décider pour l'autre?

Chsinger_Christiane Singer, dans son bouleversant dernier ouvrage, raconte jusqu'au bout de ses forces, sa traversée de la maladie juste avant de mourir et l'on sent, la lisant, le passage initiatique que représentent ses derniers mois de vie. Ce n'est pas seulement un livre triste, c'est aussi un témoignage d'espoir, d'amour, et de Vie. C'était son choix, qui peut ne pas être celui de tout le monde.

Alors...je ne sais pas...Mais Oui, que chacun puisse faire comme il l'entend, au tréfonds de lui-même.


des jours fériés

Oecumnisme  En France, nous avons 11 jours fériés, 6 religieuses et 5 civiles. Et quand je dis religieuses, je devrais dire catholiques. Certes, notre culture est profondément chrétienne, et la France a longtemps été "la fille aînée de l'Eglise". Mais là aussi, une incohérence: tous nos pays voisins, à l'exception de l'Italie, sont en congés au jourd'hui, Vendredi Saint. Dans un pays catholique, n'est-il pas totalement absurde que le Lundi de Pâques, qui ne signifie rien, soit chômé et pas le Vendredi Saint, symbole de la crucifixion et de la mort du Christ?

Mais il y a pire. Nous sommes en 2008, la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne date pas d'hier. Que l'Etat respecte les traditions religieuses est une chose, qu'il continue de vivre comme si les Français n'avait qu'une religion devient franchement ridicule. Le moindre respect de nos concitoyens voudrait que les deux autres principales religions de notre pays soient honorées au même titre que le christianisme. Alors, pourquoi pas un Yom Kippour et un Aïd El Kebir fériés? Quitte à supprimer deux des jours fériés chrétiens.

Soyons logique, à mon sens, c'est cela ou rien du tout. après tout, si notre pays est laïque, pourquoi ne pas supprimer les fêtes religieuses? Ce n'est honnêtement pas ce que je souhaite, je réclame seulement un peu plus de fraternité.

créationniste ou évolutionniste?

Volution

Et si c'était les deux?

Lorsque mon fils poursuivait ses dernières années de secondaires en Angleterre, la psychologie faisait partie de son programme et cette controverse fut l'un des premiers sujets abordés. Il rentra pour les vacances en me posant la question, que j'entends aujourd'hui à la radio, émise par un journaliste et fustigée par un proviseur d'établissement scolaire.

En clair, les évolutionnistes sont les héritiers de Darwin, les créationnistes ceux de la Bible. Je ne crois pas vraiment à l'apparition soudaine d'un homme créé par Dieu d'un coup de baguette magique comme le suggère la Genèse. Mais j'aurais tendance à croire qu'un jour, il y a bien longtemps, fut créée la Vie, fille d'une Conscience universelle que l'on peut appeler comme on veut, et même Dieu, pourquoi pas? Ce qui n'empêche pas que nous soyons le fruit d'une formidable évolution depuis l'apparition de ce premier atome.

Les ultra-conservateurs américains combattent violemment la théorie de l'évolutionnisme, allant jusqu'à faire interdire au Kansas toute référence dans les livres scolaires. En même temps, nier toute intervention divine à la création que nous sommes revient à nier notre propre divinité.

Encore une fois, si, au lieu de ou...ou, c'était et...et?

de l'évolution

Une réflexion récemment entendue m'a beaucoup interpellée. On parlait autour de table de maladie, lorsque la personne s'est exprimée:

"Cessons de gloser inutilement. A ce jour, nous en savons moins sur le corps humain que sur l'univers. Nous vivons certes plus longtemps, mais pas forcément mieux. Et parlons du cancer...il est le résultat de la mutation des cellules; et sans mutations, l'homme n'aurait jamais évolué ni ne continuerait son évolution."

Il est un fait aujourd'hui que nous supportons de moins en moins l'idée du vieillissement et de la mort. Parce que nous la prenons pour une fin et que nous sommes terrorisés par l'inconnu. Je me souviens, il y a environ un an, d'une autre personne parlant de la maladie de Christiane Singer et disant à ce sujet qu'il lui revenait de choisir la vie, ou pas. Mais quand la vie continue, qu'importe? Il ne s'agit là aussi que d'une mutation, une transformation radicale de l'être et personne à ce jour ne peut affirmer avec certitude de ce qui se passe ensuite. Nous en sommes réduits à nos croyances et aussi à ce qui semble, au vu des avancées des sciences, le plus vraisemblable.

Elisabeth Kubler-Ross, alors qu'elle était clouée dans un fauteuil à la fin de sa vie, disait: "Je sais que c'est encore un apprentissage, un enseignement, mais Dieu que la leçon est difficile." Si tout ici est enseignement, notre façon de partir l'est aussi. Les plus grands sages sont morts eux aussi, ont traversé des maladies, parfois fort douloureuses.

Nous ne sommes pas des produits finis, le genre humain continue d'évoluer. Nos maux sont l'expression de notre point d'évolution. Nous pouvons tout au plus vivre et traverser les aléas de nos incarnations humaines en nous éveillant à la conscience que nous sommes à la fois chacun unique et le maillon d'une chaîne à laquelle nous participons. Nous ne vivons pas seulement pour nous, mais pour tous nos congénères et les générations futures. Alors, ouvrons-nous et accueillons ce qui est, le pire n'est jamais que notre perception de la réalité. Chaque instant, heureux ou douloureux, peut-être l'occasion d'une mutation...

du savoir

Arbrette Plus j'avance, plus je me demande à quoi sert le savoir? Osho disait que le savoir relève de l'avoir, et la connaissance de l'être. Cela me semble de plus en plus juste. Il ne me semble pas que le savoir m'aide à vivre; certes, il peut m'aider à penser, à développer mon libre-arbitre, à nourrir mon insatiable curiosité. Et en même temps, tel qu'en lui-même, il n'est qu'un remplissage de mon cerveau et ne me permet pas d'entrer dans l'expérience.

Bien sûr, je ne le dénigre pas. Ma petite culture -étalée comme la confiture- m'a apporté beaucoup de plaisir; lire, voir, entendre, des chefs d'oeuvre m'a parfois transporté dans des sphères délicieuses de plaisir et de joie. Toujours provisoires.

C'est en lisant aussi que j'ai appris beaucoup du chemin que je suis. Mais lire ne m'aurait servi à rien si je n'étais entré dans l'expérience. A quoi me sert de savoir que la méditation est une voie vers Soi si je ne la pratique pas? A quoi me sert la théorie de Karpman si je n'essaie moi-même de sortir de son triangle infernal victime-sauveur-persécuteur?

J'adore écouter les esprits cultivés; la modestie de certains est à la mesure de l'immensité de leur savoir. Pour leur développement, nos enfants ont besoin d'emmagasiner un bon bagage culturel. Mais est-ce suffisant? Et surtout, il vient un moment où le remplissage peut devenir un inconvénient, un frein, et il peut être constructif d'être capable de mettre de côté notre science pour tout simplement vivre.

Alors...apprenons, oui; et puis entrons dans l'expérience....