Sur le chemin de la conscience, il arrive souvent que l'on ait une impression d'être en quelque sorte coupé en deux, d'aucuns parlerait à tort d'une impression de schyzophrénie. Une part de soi est dans l'action, l'autre se regarde faire; une part pense, l'autre la regarde. A d'autres moments, les deux parties sont unifiées, l'action se trouvant alors uniquement agie en conscience; et parfois, elles sont si séparées que l'on n'a plus aucun recul. Tout cela n'est-il pas bien naturel? L'ego peut s'effacer un peu, ou un moment, mais il demeure indissociable de notre condition d'humains, et c'est tant mieux car sans lui, point de squelette à notre mental si utile au quotidien. Le chemin ne consiste pas, en fait, à se débarrasser de lui mais de prendre conscience de ce qu'il est et de ne pas lui laisser le gouvernail de nos vies. Ce n'est pas une mince affaire quand on a passé la première moitié de sa vie à le construire, à le structurer, à le rendre suffisamment fort pour teir debout, et l'on voudrait qu'il s'efface d'un claquement de doigt? Que nenni!
Nous devons vivre avec cette dualité, cette polarité dirais-je, à l'image de toutes polarités sans lesquelles nous n'aurions conscience de rien. Pas de léger sans lourd, ni de froid sans chaud. Plus nous exerçons notre conscience de ce que nous vivons, ressentons, pensons, faisons, plus nous développons le muscle, non seulement de notre attention, mais de notre conscience elle-même; plus nous devenons attentifs à la présence en nous, plus nous devenons présents, et même présence nous-mêmes. C'est ainsi que petit à petit grandit le sentiment d'être dans le monde et non du monde. Totalement présents, mais pas saisis par l'agitation, la pensée, l'émotion. Pas extérieur, non, mais comme agi plutôt qu'agissant. Alors, l'ego frappe à la porte, "eh! chuis là!!!!" et nous oublions instantanément cet état de paix tout à fait indescriptible. Mais qui l'a frôlé, aura envie d'y retourner....





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