Les adoptions tardives -adoptions d'enfants de plus deux ans- sont à risque et le sont d'autant plus que parents et enfants sont la plupart du temps mal préparés. J'ai dit ici plusieurs fois que je considérais qu'il n'y avait pas d'échec d'adoption. Pourtant il y en a: un pourcentage non négligeable de parents qui n'en peuvent plus et démissionnent devant les multiples symptômes d'une adaptation difficile et un autre pourcentage d'enfants qui ne veulent pas de cette adoption, de ces parents.
Les parents sont alors étiquetés de mauvais parents ou les enfants jugés impossibles. La faille ne provient pourtant pas d'eux, ou pas seulement. Les services sociaux et les associations n'accomplissent pas le travail de sélection et de préparation, probablement faute de moyens et de formation. Quelques pays commencent à réagir, et en France, certaines initiatives, d'EFA (Enfance et Famille d'Adoption )en particulier, vont dans le sens d'une meilleure préparation des parents.
Il n'est pas question ici de juger les uns ou les autres. Mais de bien comprendre ce qui se joue du côté des enfants: troubles de l'attachement (encore trop souvent négligés par les psy), déracinement, familles biologiques laissées parfois dans le pays d'origine, brutalité involontaire de l'accueil de l'enfant et des premiers moments.
Il est nécessaire pour les parents de tenter de se mettre à la place de ces enfants qui voient débouler des visages inconnus qui les prennent dans les bras, les couvrent de baisers, se font appeler papa et maman, changent éventuellement son prénom, tout ça sans lui demander son avis, comme s'il coulait de source qu'ils devaient être aimés dans la minute où ils sont rencontrés. Ces nouveaux visages, souriants, accueillants, débordant d'amour sont pourtant terrifiants pour le petit enfant que l'on arrache à ses seuls repères: l'insitution ou la famille d'accueil à laquelle il a été confié.
Dans leur désir de parentalité et d'aimer, les parents n'ont pas conscience de la brutalité, de la violence de cette façon d'agir. J'ai vu des enfants dont le prénom avait été changé dans la minute de leur rencontre avec leurs parents adoptifs, comme s'il fallait absoulement gommer immédiatement toute trace de son passé. D'autres être contraints d'appeler papa et maman ces étrangers sans qu'ils aient eu le temps de se connaître.J'ai rencontré des parents qui se sentaient rejetés et ne comprenaient pas qu'il fallait un peu de temps à cet enfant pour s'apprivoiser.
Je ne leur jette pas la pierre, loin de là. Je me rappelle mon propre enthousiasme lorsque je suis allée chercher mes enfants, et je peux voir aujourd'hui certaines de mes erreurs. Mes enfants étaient tout petits, mais je pense qu'avec eux aussi j'ai pu aller trop vite, même si la situation est un peu différente avec des bébés. Je ne jette pas la pierre, je préviens. Prévenir, faire de la prévention.
Prendre le temps, donner du temps, respecter une certaine distance, laisser à l'enfant l'initiative du rapprochement sont les maîtres mots de la rencontre.
à suivre...
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