Faut-il avoir un avis sur le calvaire et la mort de Madame Sébire, cette femme au visage déformé par la maladie qui réclamait le droit à la mort assistée pour mettre fin à ses souffrances physiques et morales?
J'ai toujours pensé qu'il était important de vivre jusqu'au bout de la vie, convaincue, à l'instar Elisabeth Kübler-Ross à la fin sa vie, que tout ici est apprentissage et enseignements, même si la dernière leçon est la plus difficile. Mais puisque je suis ici, en bonne santé, en train d'écrire, c'est donc que je n'ai pas été personnellement confrontée à cette question. Ni aucun de mes très proches. Dès lors, je m'interdis tout jugement.
Le cas de Madame Sébire m'a évidemment beaucoup touchée. Comme celui de tous les anonymes qui réclament le droit à une mort assistée.
Sincèrement, je n'ai pas d'avis. Je comprends et suis incapable de prendre position. Car si je crois au droit de chacun de disposer de sa vie, si je sais l'hypocrisie qui consiste à taire toutes les euthanasies muettes, si je trouve inutile et cruel l'acharnement thérapeutique, je crains en même temps toutes les dérives potentielles et crois aux "vertus" d'une vie vécue jusqu'à son terme naturel.
Je ne sais pas comment je réagirais dans de telles circonstances. Je me souviens avoir prié, dans les derniers instants douloureux de mon père, pour que cesse son agonie et qu'il parte. Je crois profondément qu'une partie intime de nous choisit l'instant de ce départ et ses circonstances. Le corps et l'ego s'inclinent alors devant le choix de l'âme.
Les défenseurs de l'euthanasie parlent du droit à une mort digne. Mais qu'est-ce que la dignité?
Légiférer? Ne pas légiférer? Ne pas condamner les médecins appelés à l'aide? Fermer les yeux? Certes, il est incohérent d'autoriser l'avortement et pas l'euthanasie. C'est toujours une vie dont il s'agit...et l'incohérence est d'autant plus grande que dans un cas on ne demande pas son avis à l'intéressé et dans l'autre on le lui refuse...
Madame Sébire est morte. Le procureur a exigé une autopsie. Etait-ce vraiment utile? De quoi la loi veut-elle se protéger? que veut-elle prouver? Madame Sébire s'est fait l'emblème du droit à mourir par choix quand rien ne l'empêchait d'avaler un tube de barbituriques qu'aucun médecin ne lui aurait refusé. Avait-elle raison ou tort, peu importe. Madame Sébire est partie, paix à son âme, point.
Je ne sais pas, je ne sais pas.....et en même temps, à l'heure où j'écris, je me dis que la Liberté est une valeur fondamentale, et que celle de vivre ou mourir est sûrement l'ultime choix qui nous est proposé chaque jour. Je ne sais, j'hésite, j'ai envie de dire oui, tout de suite suivi d'une nouvelle hésitation, reflet sans doute de ma propre peur de la mort, même si je la croyais dépassée. Et le débat est sans doute faussée par notre peur à tous, si bien illustrée par une société qui la tait, la dissimule, la fuit en faisant comme si elle n'existait pas.
Je ne sais pas, j'hésite de moins en moins....Qu'est-ce qui me donne le droit de décider pour l'autre?
Christiane Singer, dans son bouleversant dernier ouvrage, raconte jusqu'au bout de ses forces, sa traversée de la maladie juste avant de mourir et l'on sent, la lisant, le passage initiatique que représentent ses derniers mois de vie. Ce n'est pas seulement un livre triste, c'est aussi un témoignage d'espoir, d'amour, et de Vie. C'était son choix, qui peut ne pas être celui de tout le monde.
Alors...je ne sais pas...Mais Oui, que chacun puisse faire comme il l'entend, au tréfonds de lui-même.
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