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Eros et Thanatos

Eros et Thanatos, figures mythiques, furent reprises par la psychanalyse pour exprimer l'élan de vie, de création, et l'élan de mort, de destruction.

Malgré les apparences, ils ne sont pas opposés, de même que vie et mort ne sont pas le contraire l'une de l'autre, mais les deux polarités qui vivent en chaque homme. Il ne s'agit pas d'une dualité, qui exprimerait un conflit, mais bien d'une polarité, d'une complémentarité nécessaire à l'équilibre du soi.

En tant qu'être humain, il nous est parfois difficile d'accepter la réalité de la pulsion destructrice qui nous habite et nous avons plutôt tendance à la conserver dans un déni, appuyé par les philosophies "new-age" récentes qui s'inscrivent dans une volonté de lumière, oublieuses de l'ombre sans laquelle la lumière ne serait pas.

En période d'euphorie, nous sommes irrésistiblement attirés par la lumière alors qu'en période de crise nous lui tournons le dos et même ne la voyons plus, jusqu'à parfois la nier. C'est alors que désespoir et souffrance nous envahissent. Or, la douleur et le conflit ne surviennent que dans l'oubli de la polarité, invisible certes, mais bien vivante. Si je suis dans le doute, je sais que la certitude est là aussi, à l'autre bout de moi-même; si j'ai mal, je sais que la sérénité est aussi présente, même si je ne la ressens pas. Cette prise de conscience, apparemment très mentale, dépasse largement les limites de l'intellect. Lorsque le ciel est gris cela ne signifie pas que le soleil a disparu, c'est juste que nous le voyons pas...Bleu et gris co-existent. Lorsque je regarde la vie à l'aune de mon abattement, de mon pessimisme, je n'en vois que les nuages, ce qui ne signifie pas que le ciel ne soit pas bleu derrière.

Mes émotions peuvent me porter à poser un regard sombre sur les choses, et je peux, en même temps, entendre, sentir, la lumière, qui est au-delà de mes émotions. En même temps...je ne répète pas ces trois mots à longueur de posts par hasard...ils expriment pour moi-même l'existence permanente de ces polarités du vivant.

La réalité d'Eros et Thanatos se situe là pour moi: non pas dans le regard que je pose, qui dépend uniquement de mes croyances, de mes émotions, de mon histoire, de mes mémoires, en d'autres termes de mon ego, mais dans ma conviction sensible, vécue, ressentie, que ce n'est pas parce que je ne perçois pas que ça n'existe pas. Dans tout mon être je ressens la globalité de qui je suis, un pont entre ici et là-bas, hier et demain; je suis l'instant présent, éternellement renouvelé. Les concepts d'Eros et Thanatos sont alors dissous dans l'immédiateté de qui je suis.

Lorsque je regarde la vie avec les yeux de Thanatos, je n'y vois en effet que l'horreur ambiante de la faim, des cataclysmes, des guerres, et non seulement la destruction autour de moi mais celle que je génère; lorsque qu'Eros m'envahit, je ne vois plus rien  de tout cela, qui continue pourtant d'exister.

Il est important également de noter que bien souvent nous ne remarquons Thanatos qu'à l'extérieur de nous-mêmes et Eros à l'intérieur; or, ne l'oublions pas, tout ce qui est dehors est dedans et tout ce qui est dedans est dehors. Dans notre interaction avec la vie, il n'y a d'extérieur et d'intérieur que l'apparence.

Gardons-nous donc de nous identifier à l'un ou à l'autre: nous ne sommes ni l'un ni l'autre, ni Eros ni Thanatos. Et...et....ni...ni Si nous sommes porteurs de l'un et de l'autre, alors nous ne sommes ni l'un ni l'autre...

Nous sommes là, loin des pulsions freudiennes, dans une vision plus holistique de la vie, où nous sommes tout et rien à la fois, et le pont qui les relie.

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Voici les sites qui parlent de Eros et Thanatos:

Commentaires

OUI je dis OUI à ce que tu écris... et pourtant ce n'est pas facile. Je te remercie, Isabelle, particulièrement pour ce billet, tu sauras pourquoi.
Si vous le souhaitez, hélène, adressez-moi un mail,je vous enverrai mes coordonnées et vous expliquerai comment je travaille. :-)
En parler, pourquoi pas, mais...je suis loin ! Alors comment ?
Merci, André, je suis touchée par vos mots en même temps que je me sens bien petite face à la grande Dame que fut Christian Singer... Et, je vois, ici comme sur Viadeo, que nous partageons cet enthousiasme pour la merveilleuse écrivain qu'elle était et surtout ce qu'elle partageait. :-)
Merci Isabelle pour vos mots, vos lignes, en écho à la vibration de la vie… Votre billet me fait penser aux livres époustouflants de cette belle romancière et essayiste, Christiane SINGER ; et en particulier « La Mort viennoise »…
Hélène, peut-être pourrions-nous en parler? :-)
Isabelle, je crois que nous prenons le chemin de la vie et de la mort en même temps...car elles sont indissociables... :-)
Le fait que de lire ce texte génère un sentiment d'apaisement inhabituel chez moi qui suis d'ordinaire tellement tendue,signifie qu'il parle à l'âme. Il est magnifique. Pour répondre sur la question de se faire aider : ce n'est pas si facile quand on ne trouve pas de gens capables de comprendre la complexité de la situation que l'on vit. Il y a trop de théoriciens, pas assez de gens compétents. Quand l'aide n'est pas adéquate, la situation s'aggrave. C'est ce qui s'est souvent produit dans mon cas. Mais j'essaie de voir la lumière même quand il fait gris, c'est une bonne image !
Je suis bien d'accord avec vous.Nous projetons sur le monde exterieur nos émotions,nos blessures émotionnelles non guéries,nos croyances.Nous regardons les autres et le monde a travers un prisme déformé et déformant.Oui la vie et la mort sont en nous.Ceux qui croient en Jésus vous dirons que nous prenons parfois des chemins de vie ,et parfois des ......chemins de mort.Si vous essayez de suivre jésus alors vous prendrez certainement des chemins de vie !!!!!!
Le meilleur texte que j'ai jamais lu d'expression de la vie dans ce qu'elle est de plus 'total',inclusive de ces apparents paradoxes,reliance conscience dans la seule realité du sensible:L'Instant Present! Merci.

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