Partir chercher son enfant à l'étranger, c'est souvent partir pour la deux ou troisième fois. L'émotion est toujours grande mais l'appréhension de l'inconnu moindre et mieux maîtrisée. Chaque rencontre est unique, bien sûr, mais le processus intérieur ne nous est plus étranger, ni le pays d'accueil si c'est du même que sera originaire notre prochain enfant.
Avant d'en arriver là, la question se pose souvent du choix et de la possibilité d'adopter plusieurs enfants dans le même pays. Personnellement, j'ai privilégié cette voie et mes trois enfants adoptifs (j'ai aussi une fille biologique) sont originaires de Colombie. Cela ne s'est pas fait sans mal à l'époque car la Colombie, après les deux premiers, nous refusait un troisième enfant, pour la raison que de nombreuses familles attendaient, qui n'en avaient pas encore. Je le comprenais, mais, foi de Bretonne, j'étais déterminée. Et c'est ainsi que 7 ans plus tard, et un nouvel agrément en poche l'ancien étant devenu caduque entre temps, après espoirs et désespoirs, patiences et impatiences, doutes et certitudes, nous avons pu enfin accueillir notre petit dernier.
A l'époque, nous vivions au Viet Nam où je m'occupais d'adoption sur le terrain pour une OAA. Il m'a été proposé d'adopter sur place, ainsi qu'au Cambodge où nous nous rendions régulièrement et avions d'excellents contacts. Mais nous avons fait le choix d'une même origine pour nos trois enfants. C'est un choix très personnel. Nous n'étions pas fermés à des origines différentes, mais il nous a semblé à l'époque que cela renforcerait leur cohésion. C'est probablement illusoire. Et il s'agissait sans doute aussi et inconsciemment de notre propre "confort": découverte et attachement à un pays, un peuple, une culture; connaissance de la façon de procéder de l'OAA; un inconnu un peu mieux apprivoisé à chaque rencontre. Et nos enfants dans tout ça?
Les liens familiaux, sociaux, et du coeur surtout, n'ont pas grand chose à faire du pays d'origine dans les relations des enfants entre eux. Cependant, je peux noter que le partage d'une origine commune a créé une complicité entre mes enfants, d'autant plus forte qu'à chaque voyage nous avons fait le choix d'emmener nos enfants déjà présents, même très jeunes. En effet, pour l'adoption de notre fille, son frère aînée avait deux ans. Ce voyage, sa préparation ensemble, lui a permis une intégration naturelle de sa propre histoire, de sa rencontre avec nous. Idem pour le voyage suivant, d'autant plus riche que mon fils avait 9 ans et sa soeur 7.
Il est un point important, néanmoins, qu'il faut oser aborder: dans le cas d'adoptions dans des pays différents, il est nécessaire de regarder avec le plus d'honnêteté possible les raisons qui nous poussent et comment nous allons le gérer. Certains pays se ferment et notre désir d'agrandir notre famille se moque des frontières, c'est naturel. Il est important de prendre en compte les métissages culturels qui ne se bornent pas à juxtaposer des cultures, mais à permettre à des habitudes, des traditions, des mémoires, même inconscientes, de s'épanouir ensemble. C'est le rêve que nous sommes nombreux à faire au niveau collectif, pour une société ouverte, tolérante, accueillante. Au plan familial, ce peut être au moins aussi compliqué qu'au niveau national, voire international. Les enjeux affectifs sont vitaux.
Je pense que dans la plupart des cas cela se passe bien. Et je serai heureuse de vos témoignages ici, qui peuvent renseigner, guider, aider d'autres dans le même cas.
Les commentaires récents