3. quid du parcours de l'enfant rêvé à l'enfant réel?
Nous voilà face à une question cruciale, centrale même. Il m'est apparu que nous, parents, nous plaignons souvent des exigences des services sociaux et des OAA à notre égard alors qu'on ne demande rien à des parents biologiques. Mon expérience m'a montré qu'à l'inverse certains parents avaient des exigences concernant leur futur enfant. Nécessité de coller au plus près au rêve d'enfant et à l'enfant de rêve, peurs de ne pas tout maîtriser, exigence personnelle, et souvent inconsciente, de perfection: perfection de soi, de la famille, de l'image transmise. Aurions-nous les mêmes impératifs lors d'une grossesse?
Que savons-nous de nos enfants biologiques lorsqu'ils naissent? Nous croyons connaître son ascendance, mais en fait, nous ignorons la plupart de ce qui formera ce petit être: de quels gênes héritera-t-il? quelles mémoires transgénérationnelles va-t-il récupérer? Et même si nous pouvions tout savoir de son hérédité, une part insondable d'inconnu demeure. L'un de mes petits-fils souffre d'un retard de développement: personne ne pouvait s'y attendre, les analyses ont montré qu'il n'y a rien de génétique, tout fonctionne normalement, sauf que...il est handicapé. Cette part de mystère de l'enfant à naître fait partie de l'émerveillement de la naissance. Il existe des risques à mettre un enfant au monde et nous le prenons sans même nous arrêter une seconde si leur éventualité. Alors, pourquoi cela devrait-il être différent dans le processus d'adoption. La naissance et l'adoption sont la vie, et la vie n'est pas un conte de fées, même si elle en prend fois certaines allures.
Nous imaginons toujours notre enfant futur. Nous imaginons et acceptons qu'il puisse ne pas nous ressembler, nous savons qu'il a une histoire bien à lui et peut-être déjà lourde, mais nous projetons toujours nos désirs sur cet enfant imaginaire. Bien souvent, nous sommes tellement tendus vers ce désir d'enfant et de fonder une famille que nous en oublions l'enfant lui-même, la personne qu'il est.
Nous sommes plein de bonnes intentions et de bonne volonté, mais quand la rencontre se fait, la réalité ne colle pas toujours à nos fantasmes. N'oublions pas que l'enfant a plus de besoins que d'amour à donner. Il n'est pas là pour combler nos manques, mais pour que nous comblions, dans la mesure de notre possible, les siens. Bien sûr, il comble un manque chez nous, et il est important de ne pas se voiler la face à ce sujet, et en même temps, de prendre conscience de ce que sont ses besoins à lui.
L'enfant réel peut être différent de nos fantasmes, il peut même être un peu différent de la photo que nous avons reçue, parce qu'une photo ne rend jamais complètement la réalité. Mais surtout, son comportement peut ne pas coïncider avec nos attentes.
L'enfant, s'il n'a pas demandé à être abandonné, n'a pas demandé non plus à être adopté, même si parfois, lorsqu'il est grand et qu'il voit d'autres quitter l'institution entre des mains affectueuses et rassurantes, il est tenté par l'aventure. Il n'empêche que c'est un évènement à la fois heureux et traumatisant pour lui. Même s'il a été préparé, il peut y avoir un gouffre entre ce qu'il a entendu et ce qu'il a intégré. Il peut avoir des difficultés à s'attacher, avoir un comportement hostile, voire agressif, être en retrait. Et nous espérions tant qu'il se jette dans nos bras!!!! Parce que, même si on nous l'a dit, nous espérons toujours un peu qu'il manifestera sa joie de nous rencontrer et de faire famille avec nous. Il peut arriver que ces comportements provoquent chez les parents une grande déstabilisation et qu'à leur tour ils aient du mal à s'attacher à leur enfant. LEUR enfant.
Ce trouble est compréhensible et là non plus, pas question de culpabilité. La relation demande de l'adaptabilité, du temps, de la patience. Parfois, l'enfant a besoin d'être apprivoisé, parfois les parents aussi. Sauf que...ce n'est pas votre enfant qui va vous aider dans cette démarche, il a déjà tellement à faire lui-même. Une aide extérieure, qu'elle soit celle des travailleurs sociaux, des responsables d'une OAA ou d'un thérapeute, peuvent être d'un grand secours.
Il arrive aussi que l'enfant ne soit pas exactement comme son dossier l'avait décrit. Et il peut y avoir une déception. Lorsqu'un bébé naît avec un handicap ou une malformation qui n'a pas été décelé in utero, il y a surprise et déception, même si elle ne s'avoue pas. C'est même vrai lorsqu'on espère une fille et que l'on a un garçon, et vice-versa. Il est essentiel de pouvoir s'avouer cette déception, c'est même le seul moyen pour pouvoir faire face à la réalité, l'accueillir et transformer ce sentiment de désenchantement. Car il s'agit bien de cela: passer d'une certaine illusion à un certain désenchantement. "Ok, cet enfant n'est pas exactement celui auquel je m'attendais; c'est MON enfant."
On n'est pas parents, on le devient et on le devient au fur et à mesure que la relation se contruit. en même temps, et bien que cela puisse sembler paradoxal, il est important d'être déjà parents avant de partir chercher son enfant, ici ou ailleurs. Contrairement à ce que l'on pense, et malgré la pénibilité de l'attente, le laps de temps qui s'écoule entre l'apparentement et l'accueil de l'enfant doit servir à cette démarche d'approche de la réalité qui s'est amorcé avec une photo.
à suivre...
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