Qu'on le veuille ou non, la parentalité adoptive sera toujours l'occasion de remise en question de soi, dès le début du parcours et tout au long de la vie. Être parent nous conduit toujours, à un moment ou un autre, à nous interroger, en particulier à l'adolescence. Disons que la filiation adoptive a ses particularités, ou plutôt le chemin de nos enfants, avec ses joies et ses heurts, vient un peu plus titiller notre psyché. Le refuser, ou même le nier, n'arrangera rien à l'affaire. Dès les premières question - pour quoi l'adoption?- c'est notre être tout entier qui s'ébranle.
Le quotidien de nos enfants est celui de tous les enfants. Avec un petit truc différent, omniprésent, en filigrane: leur abandon. On peut bien leur expliquer -et penser sincèrement- que leur mère biologique a fait un acte d'amour en les confiant à un orphelinat, il n'en reste pas moins que c'est très abstrait pour eux et que beaucoup d'enfants, la majorité dans certains pays, ont été non pas remis en vue de l'adoption mais abandonnés dans la rue. Il n'en reste pas moins qu'ici, certains enfants sont enlevés à leurs parents pour leur propre sécurité.
Quel que soit notre amour et notre bonne volonté, ce sentiment abyssal restera la trame de leur vie, et nous renvoie immanquablement à notre propre sentiment d'abandon. Avez-vous déjà pensé que vous n'étiez peut-être pas l'enfant biologique de vos parents? Avez-vous trouvé plus insupportable d'être quitté plutôt que de quitter vous-même? Vous êtes-vous déjà senti totalement incompris, seul, face à des évènements pénibles de votre vie?
De Moïse au Petit Poucet, les mythes sont nombreux, qui nous rappellent que l'abandon est profondément ancré dans la psyché humaine. Cela ne nous condamne pas forcément au malheur. Cela ne condamne pas non plus nos enfants au malheur. C'est un chemin qui nous conduit à nous construire en acceptant la séparation, au contraire de Tanguy, dans le film de Chatilliez, incapable de se séparer de ses parents.
En d'autres termes, le sentiment d'abandon, de cruel peut devenir la source de notre sentiment de responsabilité. Mais, refoulé, son emprise peut être bien plus grande et nous conduit à répéter et transmettre nos schémas inconscients.
Il me semble essentiel que chacun puisse faire cette démarche envers lui-même.
Isabelle, on parle toujours de l'abandon de la mère, mais pas du père. Ma fille est orpheline de mère, elle a sans doute vécu le décès de sa mère a 2 mois comme un abandon ? Puis ensuite son père l'a confié à un orphelinat à 8 mois et demi, deuxième abandon ? ces abandons successifs ont du ma marquer...
Brigitte
Rédigé par : brigitte | 16/05/2011 à 22:06
et en ce qui concerne notre propre sentiment d'abandon, ma mère m'a envoyé chez ma tante en province quand j'avais 2 ans et qq, pendant sa grossesse, plusieurs mois, elle est revenue me chercher juste avant la naissance de ma soeur... je me suis toujours demandé quel impact cela avait pu avoir sur moi.. rien à voir avec l'abandon à l'orphelinat mais bon...
Brigitte
Rédigé par : brigitte | 16/05/2011 à 22:47
L'abandon trace un chemin de vie tortueux. Une fois que notre regard se pose définitivement et pour la dernière fois sur le passé, un sentiment de fatigue et d'épuisement précède l'épanouissement. Une fois celui-ci atteint, notre regard sur le monde et sur les autres est chargé de bienveillance. Le détachement par rapport aux difficultés du quotidien peut toutefois perturber certains proches qui ont une autre lecture de la vie. L'abandon ne se partage pas. Mais il peut donner la force de tendre les bras aux enfants en difficultés et de les élever vers leur propre épanouissement avec toute l'énergie contenue. D'un sentiment de rage, nous passons alors vers le sentiment de trouver enfin notre rôle : guider un enfant vers sa propre vie en guise de défi au destin.
Rédigé par : Didier Renard | 27/11/2011 à 12:20
L'abandon trace un chemin de vie tortueux. Une fois que notre regard se pose définitivement et pour la dernière fois sur le passé, un sentiment de fatigue et d'épuisement précède l'épanouissement. Une fois celui-ci atteint, notre regard sur le monde et sur les autres est chargé de bienveillance. Le détachement par rapport aux difficultés du quotidien peut toutefois perturber certains proches qui ont une autre lecture de la vie. L'abandon ne se partage pas. Mais il peut donner la force de tendre les bras aux enfants en difficultés et de les élever vers leur propre épanouissement avec toute l'énergie contenue. D'un sentiment de rage, nous passons alors vers le sentiment de trouver enfin notre rôle : guider un enfant vers sa propre vie en guise de défi au destin.
Rédigé par : Foxfrombombay.blogspot.com | 27/11/2011 à 12:37