Dans le cadre de l'adoption, on évoque rarement le père.
Il y a sans doute plusieurs raisons à cela, la première étant qu'il a abandonné son enfant par"ricochet", mais qu'en premier lieu, c'est la femme, dans la majorité des cas, qui a été abandonnée. La fuite du père est probablement l'une des causes majeures de l'abandon d'un enfant dans de nombreux cas: la jeune femme, seule, sans ressources et/ou mise au ban par sa famille et la société, ne voyant plus d'autre issue pour sa survie que de laisser à d'autres le soin d'élever son enfant.
Une autre raison à cela: le lien qui unit l'enfant à sa mère est évidemment différent de celui qui le lie à son père: il est charnel. La défusion de la naissance, puis la séparation progressive d'avec la mère, aidée en cela par la présence paternelle, permet au jeune individu de se construire en être autonome. Cette séparation, encore une fois, est progressive, à moins qu'un évènement ne vienne la rendre plus brutale, comme un décès ou un abandon. Ce lien charnel est exprimé tout naturellement par nos enfants quand ils demandent: "j'étais dans ton ventre?" La notion de père est plus abstraite.
Le père est reconnu père par la femme, il reconnait l'enfant comme sien et la femme comme mère de son enfant. En disparaissant, il ne joue pas ce rôle essentiel et englobant des émotions maternelles, puis de pont vers l'extérieur pour l'enfant, d'image symbolique de la loi.
Des pères abandonnants, il en existe sur toutes les latitudes, et leurs enfants ne sont pas nécessairement confiés en vue de l'adoption mais élevés par des mères seules et courageuses. Bien sûr, il existe aussi des pères célibataires, mais j'évoque ici les cas les plus nombreux. Dans la grande majorité des cas, c'est à la mère seule que revient la lourde responsabilité d'accoucher sous x, de confier son enfant ou de l'abandonner.
Voilà pourquoi, la plupart du temps, on oublie de parler du père, dont le rôle, même abstrait, est évident. Cette disparition et ce silence autour du géniteur ont un impact sur l'enfant et son imaginaire, même inconscient, et il me semble important d'en tenir compte.
Enfin, pour glisser dans ce post une dimension un peu philosophique, j'aimerais ajouter ceci, que j'ai toujours partagé avec mes enfants: pour qu'il y ait conception, il faut l'accord de trois âmes: celle du père, celle de la mère et celle de l'enfant. Chacun, dans cette vision, reprend une place juste et responsable, ni victime ni bourreau, mais en vie sur un chemin d'évolution.
Pour terminer, je rappellerai cette interrogation de mon dernier fils il y a quelques mois, interrogation qu'il est le premier de mes enfants à soulever: "je me demande à quoi peut ressembler mon père biologique." En tant qu'homme, à qui puis-je m'identifier? de quel masculin ai-je hérité? quel est le rôle de l'homme, du géniteur, du père? quel respect puis-je avoir de moi-même en tant qu'homme?
merci Isabelle pour ce post, car comme mon précédent commentaire le soulignait c'est une question que je me pose souvent concernant ma fille abandonnée par son père, dépassé par les événements à la suite de la mort de sa femme mais qui s'est battu tout de même plusieurs mois avant de la faire (ce qui n'est pas courant, à la mort de la mère l'enfant est souvent abandonné immédiatement en tout cas en Haïti)
du coup c'est particulier pour une mère adoptante solo, d'avoir ce père dont je n'ai plus de nouvelles depuis le séisme (mort ????)
ma fille fait souvent un raccourci, mère en France, père en Haïti.. et même si à 7 ans elle connaît et sait raconter sa mère biologique... une sorte de couple hybride est né qui peut me mettre mal à l'aise ??? en même temps je ne sais pas quoi faire vraiment, car ce père est peut être nécessaire dans sa construction.; bref je me pose et me repose des questions sans réponse... à ce jour...
brigitte
Rédigé par : brigitte | 17/05/2011 à 21:31
mais pour terminer mon commentaire, ma fille parle au final peu de tout ça
son père apparaît quand ses camarades lui demandent si elle a un père..
ma réponse est tu es comme tous les enfants née d'une mère et d'un père, et sa réponse est j'ai un père en Haïti...
un père mais pas un papa (ma réponse)
brigitte
Rédigé par : brigitte | 17/05/2011 à 21:53
bonjour,
merci pour votre blog que je viens de decouvrir avec grand intérêt. je suis la maman de 2 petits bonhommes de 3 et 1 an. Mon 2ème est né en Chine (le 1er fut un "miracle")... mon petit dernier ne verra pas ses traits physiques se rapprocher de ceux de son papa et votre approche philo me plait beaucoup...
je vais continuer la lecture de vos pages... à bientot, Maryline
Rédigé par : maryline | 22/05/2011 à 08:24