Adopter un enfant dit "à particularités est une démarche singulière. Il faut savoir qu'un enfant dit grand est déjà considéré comme un enfant à particularité. Mais cette particularité-là devenant si courante, nous aborderons ici les autres, médicales.
Lorsque j'étais sur le terrain au Viet Nam, j'ai aidé à l'adoption d'enfants souffrant de maladies ou de déformations physiques. Je me souviens d'un épisode particulièrement pénible d'une femme venue chercher une pettie fille à qui il manquait un bras et quelques orteils et une jamabe était déformée. Cette femme avait été avertie, des photos lui avaient été adressées, l'oeuvre pour laquelle je travaillais l'avait longuement rencontrée. Mais à son arrivée, lorsqu'elle a rencontré la petite, elle n'a pas pu et m'a accusée de l'avoir trompée. Sa propre impossibilité à dépasser l'infirmité du bébé l'a poussé à mettre la responsabilité à l'extérieur d'elle-même.
Le handicap ou la maladie doivent être pensés longuement. D'un côté les syndrômes réversibles, opérables dans nos pays d'accueil. De l'autre les syndrômes aujourd'hui irréversibles comme les hépatites B et C et le VIH. Il est important, cela étant dit, de savoir que ces derniers peuvent être réversibles jusqu'à l'âge d'environ 18 mois, et j'ai pu le constater moi-même. L'enfant est porteur des anti-corps de sa mère qui disparaissent entre 12 et 24 mois. Enfin, les handicaps. Et n'oublions pas les particularités psychologiques des enfants ayant souffert de maltraitance, de séparations successives, et ceux montrant des troubles du comportement.
Comme la femme évoquée ci-dessus, le désir impérieux d'enfant peut pousser à accepter un enfant à besoins spéciaux sans avoir réellement pris la mesure de ce à quoi on s'engage. Cheminer vers un enfant à particularité, c'est accepter de prendre plus de risque. Il ne s'agit pas de tout anticiper mais d'évaluer avec justesse notre capacité à prendre et vivre les risques.
Il est essentiel d'être clair sur ses motivations. Il n'y en a pas de mauvaises quand il s'agit de donner son amour. En adoptant un enfant malade ou handicapé, il est certain qu'une partie de nous souhaite donner une chance à un enfant qui en aurait peut-être peu d'être adopté. Un petit côté sauveur vient à la rescousse de notre désir d'enfant. Et ce n'est pas grave si c'est en conscience que nous le faisons. Ce qu'il ne faut absolument pas, c'est que l'acceptation d'accueillir un tel enfant soit un pis-aller, à cause des difficultés et des délais d'un processus d'adoption.
L'essentiel reste de réfléchir à nos motivations profondes et de connaître nos propres limites.
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